Histoire - N°164 - Mai/Juin 2020

Omer Charlet, le grand peintre oléronais du Second Empire

Homme politique et catholique, Omer Charlet est avant tout un grand peintre oléronais du xixe siècle. Aujourd’hui largement oublié, nombreuses toiles sont encore visibles notamment dans les églises de l’île d’Oléron.

Pierre-Louis-Omer Charlet est né au Château-d’Oléron le 2 janvier 1809. À sa naissance, son père est le maire du Château-d’Oléron depuis 1808. Seul garçon de la famille, il est entouré de trois sœurs. Son père décède en 1816 lorsque sa petite sœur n’a qu’un an. Sa mère est issue d’une ancienne famille rochefortaise, les Bonnamy de Bellefontaine.

Pour faire plaisir à sa mère, il commence par des études de droit : « J’étais à Poitiers alors, dans une espèce d’exil. Ma mère m’avait-dit : “Je désire que tu ailles à Poitiers […] défendre ou faire condamner l’innocent ou le coupable” », relate-t-il dans sa nouvelle Saint-Benoît. Avant d’étudier l’art de peindre, Omer Charlet écrit trois petits ouvrages édités avant 1833, Chahut, La Ganipote et Coups de pinceaux. Le jeune écrivain a alors 24 ans et vient de commencer ses études artistiques à Paris.

Omer Charlet commence ses études de peinture à Paris à l’atelier de M. Lethière. Quittant l’atelier Lethière à son décès, il entre à l’École des Beaux-Arts en 1833 et devient l’élève d’Ingres et du Baron Gros. Dès 1835, il présente son premier tableau, de Profundis, au Salon des artistes. Il a 26 ans et devient un peintre régulièrement exposé. Il obtient une médaille 3e classe au salon de 1841 pour son Martyre de saint Adrien qu’on peut admirer dans l’église de Marennes. En 1843, il obtient une médaille 2e classe pour un Christ descendu de la croix. Ce peintre classique et académique acquiert une certaine renommée sous l’Empire.

Même s’il possède un appartement à Paris, Omer Charlet revient très souvent au Château-d’Oléron et à La Rochelle et encore plus longuement lorsqu’il devient conseiller général. Il apprécie énormément son île natale comme il l’écrit dans une nouvelle La Cloche du Campanier, une des nouvelles issues de Coups de pinceaux : « Quand je retourne dans mon île d’Oléron, que j’aime tant, avec ses fraîches nuits, ses jours brûlants, ses sables dorés, son thym odorant au lever du soleil, ses frissonnantes brises de mer et son Maumusson qui crie. » En 1852, à 43 ans, il se marie avec Anne Elisabeth Boutiron, native de La Rochelle alors âgée de 22 ans. Ils n’auront pas d’enfants.

Lors de sa disparition, le Bulletin religieux du Diocèse de La Rochelle dépeint l’artiste : « Il n’était pas seulement un peintre éminent mais il était aussi un fervent chrétien. Tous ceux qui l’ont connu savent, en effet, combien ses convictions religieuses étaient profondes. »

Très attaché à son île d’Oléron natale, il lègue par testament 10 000 francs à la commune du Château-d’Oléron, 6 000 francs à la commune de Dolus-d’Oléron et 4 000 francs à la commune de Saint-Trojan pour le secours des indigents. « Je donne en outre à la commune de Dolus, dont je suis originaire et qui se distingua toujours par son attachement à ma famille et à moi, 25 000 francs. » Cette somme doit être employée « tous les deux ans à doter une jeune fille catholique née dans la commune, y demeurant, proclamée la plus méritante dans une assemblée de jeunes filles de 18 à 25 ans, présidée par le maire et par le curé ayant tous deux voix consultative. Le tiers restant du revenu paiera les frais de la cérémonie religieuse du mariage et de la fête qui l’accompagnera. Mariage et fête se célébreront chaque année impaire, le neuf septembre jour de saint Omer, mon patron. » S’ensuivent dans le testament quelques autres recommandations dont une, importante, à savoir que « le futur mari devra être catholique de bonne vie et mœurs et ne pas avoir été jugé impropre au service militaire ».

Il n’oublie pas Rochefort qui est également un des bénéficiaires : « Je donne au musée de Rochefort, patrie de ma mère, les cinq tableaux qui sont dans mon appartement de Paris. » Ses œuvres sont également offertes aux églises de l’île notamment à Dolus-d’Oléron, au Château-d’Oléron et à Saint-Trojan-les-Bains. Mais outre ses peintures d’église, Omer Charlet s’est aussi beaucoup inspiré de scènes de la vie maritime de son île à partir des années 1870. En 1875 il peint pour le salon deux toiles inspirées d’Oléron, Le premier départ du mousse et Fille de pêcheur d’Oléron visibles au musée Hèbre à Rochefort.

« M. Omer Charlet a donné un pendant à son mousse ; ce second tableau représente une fille d’un pêcheur d’Oléron, une petite brunette de dix ou douze ans, très vivante, gracieuse, mais assez sauvage : très certainement, c’est une vraie gamine d’Oléron qui a posé devant l’artiste. Elle est assise, un panier rempli de beaux poissons sur ses genoux. Derrière elle, un vert rideau de tamarin, et, plus loin, la mer indiquée par des mâts de vaisseaux que l’on aperçoit. Ces deux compositions sont excellentes. Elles sentent l’Océan, et nous pensons que M. Omer Charlet a rarement peint plus juste », rapporte Les tablettes des Deux-Charentes en 1875.

Ecrivain, peintre, Omer Charlet se consacre également à la politique. C’est un conservateur, il est un homme du Second Empire et reste bonapartiste sous la Troisième République. Il est un candidat battu aux élections à l’Assemblée nationale constituante de 1848 puis aux législatives de 1876. Il est néanmoins conseiller général du département de la Charente-Inférieure pour le canton du Château-d’Oléron pendant trente ans de 1852 à 1882.

Il meurt en villégiature à Hyères dans le Var le 4 février 1882. Omer Charlet est inhumé dans sa ville du Château-d’Oléron le 10 février 1882 où on est venu de tous les points de l’île pour assister à la funèbre cérémonie. À sa mort, la revue Le Panthéon de l’industrie rappelle la relative notoriété de ce peintre académique, « M. Omer-Charlet, peintre de batailles et de tableaux religieux eut une grande vogue sous l’Empire. »

Christophe Bertaud

Illustration : Deux enfants surpris par la marée, 1874, vendu aux enchères à Drouot le 11 mars 2019.


Recherche

L’auteur prépare en collaboration un ouvrage consacré à Omer Charlet.

Il recherche notamment tableaux, dessins et documents conservés dans des collections ou des maisons privées.

Merci de le contacter à l’adresse suivante : c.bertaud17@gmail.com

 
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